Éclats et couleurs de l’Art « Dayan ».


    Si l’on osait, on pourrait parler de « Dayanisme ». Mais qui serions-nous pour ajouter une page au large registre des mouvements picturaux.

Pourtant, il existe bien un art « Dayan ».

Passionné des couleurs, Hubert Dayan a ouvert une brèche dans le monde intimiste des coloristes modernes.

Ses toiles boivent sa gamme chromatique avec avidité. Les couleurs n’ébauchent pas, elles sont là, présentes, jalouses de la beauté d’une nature qui semble insaisissable.

Sa palette honore la lumière et la traite sans humilité, elle se nourrit d’un imaginaire qui passe au travers du regard du peintre et qui prend forme grâce à la virtuosité de l’artiste.

Un homme simple aux couleurs de ses toiles…

    Malgré sa côte qui augmente, ses nombreux titres honorifiques et sa réputation qui traverse les océans, Hubert Dayan est un homme simple. Sympathique, les yeux rieurs, une vraie bonne humeur et une moustache en accroche-cœur, il vous ouvre sa porte comme il vous ouvre son âme au travers de ses toiles.

Loin des modes, Hubert Dayan ne peint que ce qui lui plait. Ses couleurs sont à l’image de sa personnalité, inondée de soleil.

Depuis peu, le peintre a revivifié ses nuances. Plus riche, mais aussi plus diversifiée, sa palette ne s’accorde aucun répit dans les contrastes.

Déstructurer pour reconstruire et oublier la verticale qui emprisonne, est la nouvelle perspective de la toile d’Hubert Dayan. Plus fouillés, ses paysages s’additionnent de personnages. Il va à la recherche de la vie humaine et la met en scène avec subtilité.

L’évolution de l’homme au service des différentes facettes du peintre….

Architecture de lumières aux tonalités informelles, la peinture d’Hubert Dayan est vivante, elle évolue avec le temps et définie la personnalité de l’artiste aux différentes étapes de sa vie.

Elle n’est jamais sage et reste spectaculaire tout en suivant la mouvance de son inspiration…..

Le talent original de Hubert Dayan était plutôt figuratif, mais la maturité l’entraîne dans un mouvement qui allie le Naïf à l’Impressionnisme…

Quelquefois, il mélange les genres. Tout en gardant un pied dans le réel, Hubert Dayan pose l’autre dans l’irréel avec une étonnante dualité.

Le but est de restituer à l’art son rôle équilibrant par la recherche de l’harmonie. Mais cette quête est inconsciente, elle n’existe que par l’instinct d’observation et le besoin de création du peintre. Ses œuvres sont une synthèse entre ses intuitions et ses sensations au monde…

Transposition passionnelle et romantique de la nature…

Avec ses cieux flamboyants et ses coloris intenses, l’artiste trouve les racines de ses créations dans la nature qui l’environne au plus près. Il ne cherche pas à la reproduire, mais il l’a transpose grâce à la fertilité de son miroir intérieur.

Il « gigantise » les fleurs et démontre que l’homme n’est qu’un lilliputien à côté de cette nature qu’il dénature. Ses bouquets où hommes et pétales se mêlent offre l’ironique confrontation entre deux univers. Le trait est alors plus précis, la couleur s’intensifie et les hommes accrochés aux branches ne sont qu’ornements pour la plante. Ils se bousculent, s’enchevêtrent, tombent dans le vide, se raccrochent, se hissent et tentent d’arriver au bout de leur rêve…apprivoiser la plante…

La vision très personnelle d’Hubert Dayan sur le monde…

L’émotion contenue, depuis toujours, dans ses paysages aux tonalités crépusculaires est optimisée par l’intensification de sa palette. Une impulsion nouvelle s’ajoute à son identité picturale et à son sens des couleurs.

Aujourd’hui, il impose de façon naïve et presque désuète sa perception de l’être humain. Ses paysages s’habillent d’hommes et de femmes qui vivent et respirent à son rythme. Très stylisés, ses personnages se fondent dans la profondeur de ses sous-bois rougeoyants ou, éternels penseurs, ils s’alanguissent sur les rives de ses mers indigo.

Des pêcheurs s’épuisent à remonter vers le rivage leurs barques étincelantes. Quelque fois, la barque est seule, assoupie sur son lit de sable, elle attend que la main de l’homme lui rende son souffle de vie pour redevenir l’instrument indispensable entre lui et la mer. De ces scènes, où l’authenticité est vibrante, se dégage une atmosphère de complète sérénité. Reposantes ces toiles réinventent une époque presque oubliée.

Quelques fois, Dayan est conceptuel, il sait décrire, sans violence, le ballet fratricide entre le toréador et le taureau, à d’autres moments, il raconte la Grèce avec ses ruelles abandonnées sous une chaleur ardente, ses façades blanches qui emprisonnent le soleil et ses dômes bleus intenses, tâches de couleurs dans un monde uniforme….

Là, il joue avec humour la campagne d’antan, ces pinceaux inventent des poulaillers caquetants et bigarrés. Ici, le clown mélancolique se moque gentiment d’un chaland attentif à ses sourires à peine esquissés… Ici encore, la pastèque devient parure pour une abstraction féminine….

Par ces thématiques, Dayan s’offre une parenthèse dans son travail, une récréation qui l’aide à désaltérer son imagination…. Ces toiles sont toujours rafraîchissantes.

Fidèle à ses valeurs…

Fidèle à ses origines, Hubert Dayan ne peut s’empêcher de nourrir certaines de ses œuvres du quotidien israélite. Dépouillées de toutes couleurs ostentatoires, la pensée religieuse témoigne de l’homme qui se recueille devant le mur si cher au peuple juif. Intimes et un peu mélancoliques, ces toiles sont d’une rare pureté. C’est là tout le paradoxe du peintre, il sait aussi bien faire crier la vie que murmurer les convictions.

Hubert Dayan possède la faculté étonnante de nous transmettre ses émotions. Mais quelques soient ses inspirations, son œuvre est pleine d’une vie triomphante, d’une maturité affirmée, d’un bonheur de peindre et d’une richesse exceptionnelle. La variété des thèmes est le signe d’un esprit curieux qui ouvre les portes de son imagination pour s’offrir à celle du spectateur.

Laissons-nous dériver dans son monde et emporter par la fertilité de ses pinceaux créateurs, son œuvre est un moment de bonheur…

            Nelly Nussbaum

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